Marc Biancarelli, orphelin de Dieu

Comment ne pas songer, lorsqu’on évoque l’oeuvre de Marco Biancarelli, à la célèbre acception de Georg Lukács dans La Théorie du roman faisant de ce dernier « l’épopée d’un monde sans dieux »? Comment ne pas y songer, en effet, alors que Marc-Antoine Cianfarani, le héros d’un monde rural en pleine décomposition, répond aux errements littéraires de Marco, le héros de 51 Pegasi, dix ans plus tard, dans une Corse devenue une fiction pour touristes; comment ne pas revenir à ce thème de la maturité, si présent dans les écrits de jeunesse de Georg Lukács, si présent dans ce qui constitue la perte des idéaux que le gros oeuvre de Marco Biancarelli, depuis la publication de Prisonniers jusqu’à celle d’Orphelins de Dieu, ne cesse d’explorer, d’affirmer, d’inscrire dans la littérature corse contemporaine? Ce thème de « la virilité murie », qui a fait le propre du roman selon les théoriciens marxistes du début du XXe siècle, marque dans les écrits de l’auteur une prise de conscience majeure pour toute la communauté corse et bien au-delà, une rupture religieuse, morale, personnelle, dont les romans, les recueils de nouvelles, disons les fictions que Marco Biancarelli a écrites dessinent sans cesse. Cette prise de conscience, commençant dans le chaos d’un village de montagne au XIXe siècle, s’aggravant par la désertification des Terres pendant la Première Guerre mondiale, s’achevant par le sacre de la société de consommation, se nomme le moderne, si l’on pense avec Jacques Le Goff que « la conscience de modernité » naît du « sentiment de rupture avec le passé », d’un « esprit antique (…) s’attach(ant) aux héros, aux chefs d’oeuvre, aux exploits » là où « l’esprit moderne (…) se nourrit du quotidien, du massif, du diffus ». Dans cet article, je voudrais traiter de l’arrachement du sujet à son passé, à la tradition qu’il a construite comme moyen de résistance à la société de son temps, afin de signifier la cité des hommes qui s’annonce, une cité sans Dieu, sans mémoire, sans histoire, dans laquelle une communauté orpheline s’apprête à vivre.

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Une réflexion sur “Marc Biancarelli, orphelin de Dieu

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