Revue Souffles, une avant-garde littéraire au Maroc

Dans cet article, Zakaria Sedrati présente la Revue Souffles et les problématiques qu’il abordera lors des séances du 21 février, 14 mars et 18 avril 2017.

Dans la préface au livre de Kenza Sefrioui sur Souffles A. Laâbi écrit : « Il faut rappeler ici que Souffles n’était pas un lieu de création, une tribune d’idées s’exprimant en temps de paix, dans un pays « normal », où la fonction de l’intellectuel est reconnue d’utilité publique, où la culture est considérée comme un besoin essentiel et un levier de la formation et de l’ouverture des esprits. Elle n’avait d’autre choix, à un moment donné de sa prise de conscience de l’intégralité des problèmes du pays, que de poursuivre sa contestation de l’ordre régnant à tous les niveaux, ou bien se soumettre à cet ordre inique, et à la limite se résigner en se retirant de l’arène. »

En effet la revue Souffles, d’avant-garde littéraire, se transforme en avant-garde politique après 1969 (année qui voit paraître le numéro spécial « Pour la révolution palestinienne»), notamment en raison de l’implication de Laâbi dans le PLS et sa frange dissidente Ilal Amam. Souffles et Anfâs ont joué un rôle dans la structuration de mouvements politiques marocains : Ilal Amam et 23 Mars. Surtout la revue en langue arabe (Anfâs) dont le comité de rédaction était clandestin et anonyme. « Je pense que la seule coordination réelle au niveau des idées et de la réflexion qu’il y a eue entre les deux organisations s’est concrétisée dans ces huit numéros de la revue » selon Laâbi.

De sa création en mars 1966 à l’arrêt brutal de sa publication marocaine en janvier 1972 (date de la répression et des arrestations, à partir de laquelle elle s’exile à Paris et survit tant bien que mal pendant un an), la revue Souffles n’a cessé de « franchir les frontières», certaines héritées de la colonisation (frontières linguistiques et étatiques), d’autres du contexte politique marocain (frontière culture-politique), ou encore tout simplement des cloisonnements esthétiques entre les différents arts. Elle a vu en son sein s’exprimer poètes, peintres, cinéastes, sociologues, français, maghrébins, ‘orientaux’, en langue arabe comme française.

Contre la folklorisation de la culture, cherchant à décoloniser les esprits, Souffles place au centre de sa pensée « la question de la culture amazighe (…) Comme celle de la dimension juive de notre identité culturelle. » La phase carcérale post-Souffles, dans les années 1970, dites années de plomb, a constitué une étape importante dans l’histoire des idées politiques au Maroc selon Laâbi : « Je crois que c’est en prison que s’est élaborée la question des droits des femmes et des droits humains comme préoccupation centrale ».

Nous aimerions revenir sur cette revue, son héritage, ses ambitions, les forces qu’elle a soulevées et déployées dans l’espace artistique aussi bien que politique, à l’échelle marocaine et internationale. Ainsi il est évident que nous ne pourrons nous limiter à la revue Souffles. Il nous sera nécessaire de regarder son alentour, son écosystème, par exemple les revues Intégral ou Lamalif (1966-1988), la maison d’édition Atlantes.

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